dimanche 17 août 2008

Arrivée fracassante

Après ces quelques jours de silence, je dois vous expliquer ce qui m'est arrivé.

Ce qui s'est passé est juste inconcevable dans un monde civilisé. Je devais arriver à Stockholm le 12 août et j'avais réservé une chambre dans un appartement au 7 Karlsgatan...surprise à mon arrivée: l'appartement n'existait pas. C'était donc une arnaque, je passe les détails.

Me voilà donc tout seul à Stockholm avec mes bagages et sans aucun contact! Je ne pouvais même pas appeler Hugo, Ameline ou Laure qui passent également leur année ici car je n'avais ni leur mail ni leur numéro. J'avais avec moi une valise de 17kg, mon sac pour l'ordinateur portable et un autre sac type grand sac de sport que je portais en bandoulière. Inutile de vous dire que j'ai dû galérer pour transporter tout ça dans les rues de Stockholm.

Face à l'escroquerie, mon premier réflexe a été de contacter l'ambassade de France. Et quel bon réflexe! Moi, en bon petit élève de Sciences Po, on m'a toujours appris que les Ambassades de France ont pour but de défendre les droits des Français à l'étranger et je n'ai pas été déçu du voyage. Pour appeler l'ambassade, j'achète donc une carte téléphonique -ça existe encore heureusement-. J'explique ma situation et la dame du standard et elle m'annonce tout naturellement: "C'est très embêtant monsieur, mais l'ambassade ne peut rien faire pour vous, il faut vous rendre à la police".
Pourtant elle voulait m'aider, je l'entendais à sa voix, c'était une dame volontaire. Alors, d'un ton pédagogique, elle ajoute: "En Suède, il faut savoir qu'on ne parle que l'anglais et le suédois". Ah bon? Ça tombe mal moi qui suis là pour apprendre le chinois.

Je me rends donc à la police et je mets environ une heure pour trouver un poste, bagages à transporter et déambulations diverses oblige. Entre temps j'essayai de me connecter à Internet pour prévenir ma famille de ce qui m'était arrivé.
Exténué à cause du voyage et de tout ce qui m'arrive, j'entre dans le bureau de Polisen. Mon anglais est l'anglais de quelqu'un de fatigué, qui ne trouve pas ses mots, qui pense en Français...l'horreur. Avec les chocs de la journée, mon anglais s'était progressivement transformé en anglais-yaourt.
D'où ma première phrase: "Hello, I have a problem". Mais l'anglais-yaourt a du bon car l'agent me répond "Ah vous êtes Français? Je parle français". Soulagement. C'était le premier point positif de la journée. Il était temps, c'était 15h.

Dans le minuscule bureau de police aux murs jaunes (jaune suédois sans doute?), je m'installe sur une petite chaise et m'adresse au policier par le biais d'un rectangle découpé dans une grande cloison de pléxi qui me sépare de lui. Je porte plainte, j'explique les faits et pendant ce temps, le policier traduit mes déclarations en suédois. Il les saisi ensuite sur son ordinateur. C'est la seconde fois de ma vie que je porte plainte. La première, je m'en souviens, on m'avait volé mon autoradio.

Tout cela prend beaucoup de temps alors, entre deux questions du policier, je regarde ma montre et je me dis que sorti de ce bureau, je dois encore trouver un endroit où passer la nuit, un hôtel, une auberge de jeunesse, quelque chose. 16h passent, 17h, 18h. Enfin je termine ma déposition. Le policier me propose de téléphoner à des auberges de jeunesse. Alors il sort une liste de son bureau (il devait avoir l'habitude) mais il m'annonce qu'à cette saison, ce sera très difficile de trouver une disponibilité. En effet tout était complet.

J'explique au policier que je vais me débrouiller et trouver un hôtel, même si le prix des chambres à Stockholm est exorbitant. Je le remercie "d'avoir parlé français", et il me rappelle de repasser dans une semaine pour m'informer de l'évolution de l'enquête.
A la sortie du poste de police, je n'avais, enfermé dans cette cabine, pas vu le jour depuis 15h. En fait il faisait presque nuit! Alors vite, je me dépêche. Aussi, je commence à m'inquiéter. J'étais même angoissé.

Alors je me souviens avoir vu un hôtel à la sortie de Central Station, l'Hôtel Best Western Terminal. Il devait avoir quelques étoiles, vu le prix des chambres! Je n'avais pas d'autre solution, alors je m'y rends et réserve une chambre. Je monte dans ma chambre.
En entrant, sur l'écran de télévision il y avait écrit "Hello Mister Deumier. Welcome to the Terminal Hotel". Un fond musical accompagnait le doux message d'accueil. C'était ABBA, enfin c'était une radio suédoise, et j'ai cru reconnaître le très seventies "The name of the game". Ô, Suède si tu n'existais pas on devrait t'inventer et inventer ABBA aussi!

Durant cette première journée suédoise, ça devait être la 10 000 ème fois que j'appelais ma famille par Internet, pour leur raconter l'évolution de mes péripéties et pour essayer de trouver des solutions.

Enfin, le soir venu, il est 23h et j'estime que cette journée de m.... a assez duré. Il est temps d'y mettre fin. Bain chaud, brossage de dents et au lit.


Le lendemain, à la première heure, je me lève -déjà fatigué- pour me rendre à l'ambassade de France à dix minutes de métro à Kommendörsgatan (gatan=rue en suédois). Je me dis que si j'y vais, que je leur raconte l'arnaque dont j'ai été la victime et qu'ils me voient dans cette situation, à une semaine de la rentrée universitaire, sans rien, sans logement, dans Stockholm qui souffre d'une pénurie de logements, ils se bougeront un peu pour me donner des contacts...
J'arrive à l'ambassade, déjà crevé d'avoir eu à chercher cette rue, j'ai dû me tromper deux fois, j'ai dû revenir deux fois sur mes pas, je passe la barrière du vigile de l'entrée qui veut bien me laisser pénétrer sur le territoire français.

Ah l'ambassade! Les dorures et les apparats de la République! Les posters de "La France" avec des payages de la France profonde, tels qu'on les aime, avec le clocher, les pâturages, un peu comme sur l'affiche de campagne de Mitterrand "La Force tranquille". Au dessous de ces paysages, une photo avec une belle grappe de raisin, une bouteille de vin rouge, du fromage (du Roquefort je crois), de la charcuterie: rien ne manque. La France est là. Sa grandeur, son rang dans le monde. Ah! Je sens que la nation me prends par la main...et va m'aider. Enfin, une fois que j'ai passé les posters, je me retrouve devant la dame de l'accueil. Je ne connais pas sa fonction. Mon moral était fluctuant, j'étais inquiet, énervé et contrarié, alors je lui pose un certain nombre de questions auxquelles elle ne peut pas répondre. D'ailleurs, elle m'avoue sans complexe quelques minutes plus tard "Alors, en dehors des passeports et des cartes d'identité, ne me demandez rien !", avant d'éclater de rire. Véridique.
Dans ces conditions, je lui rappelle mon cas, et demande à parler à l'autre dame que j'avais eu hier au téléphone. Celle-ci arrive et me confirme que l'ambassade "ne peut rien faire pour moi" avant d'ajouter "Après tout, vous êtes étudiant, c'est à l'université de se bouger". Très bien. Mais moi, qu'est ce que je fais en attendant? Alors je leur demande si elles connaissent des personnes qui éventuellement louerait des chambres à des étudiants. Miracle, l'une des deux personnes s'est souvenu qu'une annonce de logement avait été affichée dans son bureau. Elle y va, appelle la personne en question (il a fallu que je négocie l'appel en question, au début elle me donnait uniquement le numéro de téléphone). Sans succès la chambre a déjà été louée.

Comme pour me rassurer (ça a marché d'ailleurs) une des deux dames de l'ambassade me raconte alors que son fils a vécu un an au Mexque et qu'il s'est fait arnaqué comme je l'ai été. Aussi, elle me raconte qu'elle même a galéré pour trouver un logement au début, quand elle est arrivée sur Stockholm, et de conclure "Au début vous allez douiller à l'hôtel, mais ensuite, au bout d'un mois, vous trouverez bien, comme tout le monde".

J'étais rassuré à moitié. Finalement, les deux miss ambassade de France m'ont envoyé à l'Institut Français de l'autre côté de la rue, où l'une des personne allait peut être pouvoir m'aider. Au total j'ai passé une demi heure intense à l'ambassade, et, au bout de longues négociations, j'ai obtenu un contact à l'Institut Français...et il s'est avéré concluant.

A l'Institut Français, c'est une dame qui m'accueille dans son bureau, très gentille et très énergique, et qui me dit dès mon entrée: "Alors! C'est vous qui galérez? Vous avez perdu tous vos papiers?!". Je réponds: "Euh, non, moi c'est au sujet d'un logement". "Ah oui! C'est vrai, les papiers c'est l'autre."
Bref, en une demi heure, elle avait décroché son téléphone et m'avait trouvé une chambre où dormir le soir même. A partir de ce moment là, tout est allé très vite. Quand elle raccroche, elle me dit que je suis attendu à 13h00 à l'arrêt de bus à Bolen, au nord de Stockholm, qu'une personne viendrait me chercher et que je pourrais dormir chez elle. Là, une dame qu'elle connaît pour lui avoir envoyée plusieurs Français, tient une sorte d'auberge de jeunesse et m'a trouvé une place. Thanks!

Je reviens donc à mon hôtel Best Western, règle la note -salée- monte à ma chambre prend mes bagages, tout ça en dix minutes parce que j'étais attendu à 13h00 et je me sentais -comme d'habitude- terriblement en retard.

Je prends le métro, puis le bus, et je descends à Röglat Station. Attention, et je me suis fait reprendre par le chauffeur de bus, "station" ne se prononce pas à l'anglaise mais à la suédoise, à savoir "starrion" comme la jota espagnole. Ô Suède, si tu n'existais pas...

Finalement, j'arrive plutôt que prévu, à 12h50. A l'arrêt de bus, il fait très froid et très sombre. Je suis avec mes bagages et j'attends. Je me souviens alors qu'au téléphone, la dame de l'Institut Français m'avait décris à la dame de l'auberge de jeunesse: "Il a un polo bleu ciel et un pull noir aussi, une valise noire et un sac en bandoulière marron foncé et vert kaki". Pire qu'une mission secret défense! C'était pour qu'elle me reconnaisse. En même temps, à l'arrêt de bus, j'étais seul, elle n'avait aucun mérite.

Quand je l'ai vu arrivé, elle m'a fait de grandes gesticulations comme pour me dire de monter. J'étais au bord d'une route principale, et la dame de l'auberge se trouvait sur le pont au dessus de moi. J'ai alors compris que c'était elle. Très gentille, elle m'a d'abord semblé maternelle. Elle parle anglais, avec un accent bizarre. Je la remercie de m'accueillir aussi rapidement, d'autant plus que je sais que la personne de l'Institut Français a fait du forcing pour m'obtenir une chambre.

Je me dirigeai alors vers une sorte d'auberge espagnole ou plutôt vers... la Cour des miracles.